Le grand voyage du petit Dixou


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De La Tuque à ...

AUTRES PÉRIPLES


De La Tuque à Trois-Rivières en canot
Août 2002
160 kilomètres en canot sur la rivière St-Maurice


La rivière Saint-Maurice ! Il y a longtemps que je voulais la faire en canot depuis La Tuque jusqu'aux Trois-Rivières.

Denis et moi connaissons la rivière Saint -Maurice car nous l'avons longé en voiture en montant à La Tuque. La rivière Saint-Maurice, nous la connaissons pour son histoire de drave, pour la Classique Internationale de Canot dont la soixante neuvième édition a eu lieu en 2002. C'est le plus vieil évènement sportif de la région, une course de canot de 160 kilomètres répartie en trois jours. C'est une épreuve d'endurance, de performance et aussi de technique. Un homme de Saint-Élie de Caxton, monsieur Le Pit à Jo Bean, avait gagné la première année. Denis et Pierre, son ami de toujours, ont participé à quatre reprises et j'assurais, ces années-là, le ravitaillement.

Cette rivière, si elle pouvait parler, le ferais longuement. Elle a vu défiler les grands moments historiques. Je suis certaine qu'elle voudrait nous dire quelque chose qui ressemble à cela :
" Ma vie de rivière n'a pas toujours été facile. Par moment, l'Homme a été dur avec moi. La vie suit son cours, les années passent et un jour, l'Homme se ressource, l'Homme a besoin de la vraie nature. Le balancier revient, la roue tourne. Aujourd'hui, je ressuscite et je suis reconnaissante aux Hommes et aux Femmes qui m'ont redonné ma santé et ma beauté. Que ma nouvelle vie vous rendre heureux!"

Cette belle rivière est à ma portée, dans mon coin de pays et j'ai le goût de la découvrir d'un bout à l'autre, de La Tuque à Trois-Rivières. Et qui peut mieux m'accompagner que Denis, lui qui a l'expérience de la Classique Internationale de Canot? Mais cette fois-ci, je suppose qu'il regardera la rivière avec des yeux différents. Notre première sortie en canot remonte en 1978. Cette année, puisque je ne suis pas au Grand Tour de vélo, nous jouerons en canot ensemble. Le Petit Léo sera notre complice dans cette aventure.


Jour 1
La Tuque à Rivière aux Rats
Départ à 14h30, arrivée à 17h30

C'est donc le mardi le 6 août que nous nous rendons, tous les trois, en auto, à la Tuque. Il fait beau et c'est aux alentours de 14h30 que le canot est à l'eau. Nous avons choisi de descendre avec notre canot de compétition, de couleur bleue. Il chavire plus facilement, mais est plus rapide. Les bagages sont disposés bien au centre du canot. Denis, Ignace (mon toutou préféré) et moi prenons place à bord et il reste environ trois pouces en arrière pour ne pas que l'eau embarque dans le canot. Le vent du Nord est fort, nous l'avons dans le dos.


Le temps de poser pour la photo de départ et nous voilà partis!
Quelle belle sensation que de partir à la découverte !
Quelle belle sensation que d'être dans et avec la nature !
Denis relate des souvenirs des classiques qu'il a vécus. Aujourd'hui, en présence de " sa blonde ", il voit la rivière sous un nouvel angle, appréciant le décor et les beaux paysages.

Deux heures après le départ, juste en amont d'un petit rapide, à droite de la rivière, nous découvrons un bel endroit pour faire un pique-nique ou même passer la nuit. Nous décidons de faire une pause et nous repartons après une petite baignade. Une deuxième pause a lieu à la hauteur de la Rivière aux Rats, et nous profitons de la rampe de mise à l'eau pour nous offrir une crème glacée achetée chez un dépanneur tout proche.

Nous repartons à 17h15, nous avironnons depuis plus de trois heures et cherchons un endroit pour la nuit. Quelques minutes plus tard, nous apercevons une île de sable. Tranquillement, nous en faisons le tour afin de trouver le meilleur endroit. Juste devant, un héron s'envole. Wow!

Il vente toujours autant. Finalement, nous piquons la tente après avoir nivelé le terrain avec une ''pitoune''. Un bain froid dans la rivière remplacera la douche mais quand il le faut, il le faut ! Nous sommes fatigués et décidons et de faire un petit dodo avant le souper. Lorsque nous nous réveillons, à 20h30, nous mangeons un sandwich sous la tente car il vente encore beaucoup et les bedons remplis, nous retournons au pays de Murphy. Les bouchons dans les oreilles sont requis pour un bon sommeil car la route est proche et les camions sont nombreux, même de nuit.

Cette première journée fut magnifique avec son défilé de splendides décors et le fort vent dans le dos nous a idéalement facilité la tâche.


Jour 2
Rivières aux Rats - Camping Mékinak
Départ 9h45, arrivée 18h30
55 km

Nous nous réveillons à 7h00. Nous avons bien dormi, malgré les bruits de camions et le vent qui n'a pas cessé de la nuit. Après un bon petit déjeuner au grand air, nous voilà repartis. Les météorologues auraient raison de dire au sujet de la journée qui s'annonce : " Nuageux, avec percées de soleil et quelques averses dispersées "

Nous affrontons aujourd'hui notre défi kilométrique. Nous découvrons encore des décors magnifiques, surtout lorsque la route se cache et laisse la rivière toute seule avec la nature. J'avoue que, par moments, tel un malentendant, j'aimerai ne pas entendre toutes ces gros camions qui roulent en utilisant les freins de décompression " Jacob ". Un instant, j'envisage de remettre mes bouchons dans les oreilles, mais ils sont trop bien rangés dans les bagages sous la toile et je renonce à défaire tous les bagages. Finalement, ces inconvénients font partie de l'aventure et il est beaucoup mieux que le bois soit transporté par les camions que par le courant de la rivière, comme jadis.
Nous dînons tout près de l'auberge Matawin. Comme un dépanneur est accessible, nous achetons sandwich, chips, bière, boisson gazeuse, et un chocolat Mars pour dessert. Qui a dit que le sport s'associait à une bonne alimentation ?

En après-midi, la rivière est comme un jardin de petites îles. Quelques-unes pourraient nous accueillir pour la nuit. Mais nous préférons profiter de la température et du vent qui nous pousse pour avancer, car on ne sait jamais de quoi est fait le lendemain.

C'est aussi dans ses iles que nous profiterons de nous ravitailler en eau. Denis connaît un endroit, à travers ses iles, où coule en permanence une source d'eau potable. J'avoue que cela arrive à point car il fait chaud et notre liquide est presqu'à sec. Je me baigne à la plage de sable en face de l'auberge Mékinac. Quelle belle plage naturelle au beau milieu de la rivière ! Il vente toujours aussi fort et ce vent travaille avec nous, il nous pousse vers le sud.

Vers 17h30, nous dirigeons le canot vers la crique du Homan espérant y trouver un endroit pour dormir. Mais soudain, oups!, un regard vers l'arrière nous avertit qu'un orage vient sur nous. Nous accélérons la cadence, afin de nous mettre à l'abri avant la pluie et réussissons à atteindre le fond de la crique juste avant que l'orage n'éclate. Tonnerre et éclairs font vibrer la nature.
Heureusement, après 30 minutes, l'orage s'est éloigné. Nous aimerions bien dormir ici, mais les berges sont vaseuses et notre petite tente ne pourra pas être plantée. Nous nous rendons à l'évidence, nous devons retraverser la rivière pour aller au camping Mékinac.
Nous aurions préféré monter la tente dans la nature plutôt qu'au camping. Mais enfin, en toute honnêteté, nous apprécions la douche chaude, la table à pique-nique et le ciel étoilé près du feu de camp.

La belle journée défi de 50 kilomètres avec en prime un orage électrique s'achève.


Jour 3
De Saint-Rock de Mékinac à Shawinigan Sud
Lever 6h30 - Départ 10h00 - Arrivée 19h00

Journée de décisions et de sensations !

Encore dans mon sac à couchage, les yeux fermés, je demande à mon Chum :
" Quelle heure est-il ? "
Denis me répond :
" 6h30, ma chérie "
C'est trop tôt pour mon corps. J'essaie de dormir encore un peu. J'ai l'impression d'être couchée en plein centre de la route, le bruit des gros camions m'insupporte malgré mes bouchons. Je ne retrouverai pas le sommeil. " Allez, lève- toi ma Sylvie ! "

Denis, lui, veut partir tôt car il craint que le vent n'augmente dans le grand bassin à la hauteur de Saint-Jean des Piles. Nous prenons bien soin d'équilibrer les bagages dans le canot. Nous voilà repartis.
Aujourd'hui, je connais le trajet pour l'avoir déjà fait en voilier.
Le vent est encore très présent et je dirais même trop à mon goût. Denis, le canotier d'expérience, avait bien raison de craindre le vent et les vagues et ses prédictions étaient fort justes.

Au cours de notre premier arrêt, au quai du Parc National de la Mauricie, nous nous ravitaillons et nous nous demandons de façon sérieuse, s'il est prudent de continuer. Sur la rivière, au loin, des moutons blancs ne me rassurent pas. Mais après une heure de pause et de réflexion, nous décidons de poursuivre.

Ouf! Ça brasse. Nous longeons le bord Ouest de la rivière pour plus de sécurité. Maintenant, il faut passer la pointe à Madeleine, ce qui veut dire que l'axe du canot sera parallèle aux vagues.
Je dois, pour stabiliser l'embarcation, faire des appuis pendant que Denis avironne avec force et dirige le canot. Alors, je prends une dose de courage et nous traversons. Denis avironne et moi je ne fais qu'appuyer très fort du coté gauche. La forte vague fait entrer l'eau dans le canot. Le vent me sille dans les oreilles.
Denis me crie :
-" Change de côté! ".
Je lui réponds sur le même ton :
-" Non, jamais! " J'ai trop peur de déséquilibrer le canot et de chavirer. Nous vivons des minutes d'intensité maximale, chaque geste compte.

Après quinze minutes, l'endroit critique est passé et nous nous relaxons un peu. Et oups ! Une grosse vague arrière nous surprend et l'eau embarque encore. Avec la charge que nous avons, je sais que c'est très limite pour notre sécurité. Nous sommes maintenant à 500 pieds de la marina de St-Jean des Piles et décidons d'y accoster. Avec difficulté, nous réussirons à embarquer sur le quai. De loin, Sun, une amie, vient à notre rencontre. Elle nous dit que ce n'est pas un temps pour sortir en voilier et encore moins un temps pour se promener en canot ! Nous jasons avec Sun pendant plus d'une heure. Je ne suis pas pressée de repartir. À vrai dire, j'ai la " trouille " pour ne pas dire, comme par chez nous, j'ai la " chienne "! L'eau embarque par-dessus les doigts de quai, sur la rivière, les moutons blancs se sont transformés en vaches blanches.

Nous partons, nous restons, nous arrêtons ?
Il faut cependant prendre une décision. Mon désir d'accomplir ce périple est-il plus grand que la sagesse? Le désir de réussir est bien ancré, mais la sécurité est primordiale pour nous deux. Elle nous permet de vivre de nouveaux et beaux " trips ", sans que la témérité, pourtant très présente, ne l'emporte sur le raisonnable. C'est l'Expérience et la Maturité qui viennent compléter le processus de décision.

Denis est expérimenté dans la vague, il connaît ma force physique et ma capacité de concentration pour tenir ces trente minutes de turbulence et nous portons nos vestes de sauvetage. Par la suite, la rivière se rétrécit et elle sera plus calme.

C'est décidé, nous poursuivons. Avant de mettre le canot à l'eau, nous prenons soins de vider l'eau accumulée à l'intérieur. Nous confectionnons, avec les moyens du bord, une toile pour la pince arrière afin de minimiser l'entrée d'eau.Et nous partons!

Ça brasse en " ti-ti " pour ne pas dire autre chose de plus vilain. Et une fois de plus, Denis avait raison. Trente minutes plus tard, nous sommes à la marina de Grande Piles bien à l'abri.

C'est ici, à Grande Piles que notre ravitailleur, Léo, fait son entrée. Pour la prochaine étape, nous transférons tout le matériel de camping que nous avons, dans la camionnette. Car il y aura des portages et avec l'équipement se serait impossible. Donc Léo apportera le tout à Shawinigan-Sud, l'endroit où nous passerons cette troisième nuit.

Il est 16h30 quand nous partons pour cette dernière étape de la journée. Nous prévoyons notre arrivée vers 19h30. Même fatiguée, je peux apprécier cette belle portion de la rivière. Denis revit certains moments des ses années de compétitions de canot. Déjà nous voyons le pont de Grand-Mère pour le portage de la " Consol ", long d'un kilomètre. Le gardien nous laisse passer en nous disant d'un ton moqueur, que nous sommes en avance d'une semaine sur la compétition de la Classique de Canot. Je lui réponds, sur le même ton rieur, qu'avec mon niveau d'expérience, une semaine de plus ne sera pas de trop! Vient ensuite, le portage du rapide des hêtres, un peu plus court lui. Par la suite, nous arrivons à Shawinigan avec un beau coucher de soleil.

Pour moi, arriver dans une ville par l'eau, c'est comme arriver avec l'histoire. Il est 18h45, nous nous asseyons et nous relaxons en attendant Léo qui apportera nos bagages. La réservation du camping et l'installation de la tente accomplies, nous soupons en tête à tête en écoutant un festival de musique dont les notes nous parviennent de l'autre coté de la rivière.

Il est 22h45 et pendant que Denis est sous la douche, je m'installe bien confortablement sur mon matelas de sol transformé en chaise, au bord de la rivière en face d'une fontaine aux jets multicolores, pour écrire le récit de cette superbe journée.

Je remercie la Vie de me permettre de vivre d'aussi bons moments.


Jour 4
De Shawinigan-Sud à Trois-Rivières
Levée 8h00, départ 11h00, arrivé 15h30

Journée d'émotions !

Nous avons bien dormis au camping du " centre ville " Je suis réveillée à 8h00. Encore dans mon sac de couchage, je pense à la journée qui commence. Déjà la dernière avec son rapide des Forges, un rapide redoutable et qui fait peur à bien des canotiers. Depuis déjà deux jours, il occupe mes pensées et le stress m'envahit peu à peu. Intérieurement, je m'encourage en me parlant :
" Je vais le traverser quand j'y serai, un point c'est tout! ".
Je ne veux pas me laisser dominer par cette peur et la laisser me gâcher cette belle journée de canot avec mon Chum.

Il fait encore beau pour cette dernière étape. Mes épaules sont en pleine forme, merci, elles vont beaucoup travailler et devoir avironner fort aujourd'hui. Un bon petit déjeuner suivi d'un deuxième café avec Léo nous mettent en bonne condition. Nous rangeons tout notre matériel dans la camionnette, il est 11h00. C'est merveilleux, il fait encore beau. Le vent est sud-ouest, nous partons. La ville est belle vue de l'eau. En route vers le premier portage, " la Belgo " je suis très déçue : l'eau n'est pas belle, il n'y a ni débarcadère, ni même un petit quai pour mettre le canot à l'eau un peu plus bas.

Je ne comprends pas pourquoi une région où le canot est si présent depuis 69 ans ne rend pas plus accessibles ses rives aux canotiers ! Je trouve cela vraiment incompréhensible !

De toute façon, nous ne règlerons rien ici ce matin. Nous chercherons plus loin afin de trouver un passage pour remettre notre canot à l'eau. Nos trouvailles sont édifiantes : une barrière fermée, une pancarte où il est inscrit " interdit de passer ", une autre portant l'inscription " Attention égout " ! Dégoutant ! Enrageant !

Tout de même, nous ne sommes pas arrivés jusqu'ici pour capituler. Alors si la rive ne vient pas à nous, nous irons à la rive. Nous marchons dans les branches jusqu'à la taille avec notre canot qui mesure 18,5 pieds afin de nous frayer un passage. Finalement, nous mettons le canot à l'eau dans l'entrée des égouts de la ville. L'eau y est verdâtre et épaisse. Ce n'est pas le moment de chavirer, mais plutôt d'avironner pour nous sortir de cet endroit. C'est chose faite trente minutes plus tard. La rivière se fait plus jolie, plus nature, loin de cette ville qui la prend pour une poubelle.

Notre prochain portage se situe à la Centrale électrique la Gabelle. Nous profitons du bel endroit pour dîner. Après avoir repris des forces, nous repartons.

Pour la deuxième fois en quatre jours, nous enfilons les vestes de sauvetage.
Ça s'annonce " hot ! " Et voilà, quelques leçons de révisions pratiques plus loin nous y sommes, le rapide des Forges apparaît avec toute sa frayeur : long de 1500 pieds, avec ses moutons blancs, ses tuques, son gros clapotis et ce vent qui m'agresse et me siffle dans les oreilles. J'entends crier Denis : " Tire nous Sylvie, force, force, tire plus fort, le courant nous emporte "

Denis doit faire des appuis pour garder le canot en équilibre. Ça brasse… L'eau entre dans le canot et le vide-vite ne fonctionne pas très bien. Nous faisons du rodéo en canot. J'ai les yeux ronds comme des " deux piastres " et Denis en donnerait bien 200 pour les voir en ce moment. Je force comme une débile pour tenir le canot dans le bon axe. Le courant est très fort. Je dois tenir bon, ses dix minutes me paressent bien longues. Oui, nous avons réussi !

J'ai les bras comme des spaghettis cuits. Deux hommes qui pêchaient au pied du rapide nous assurent que le spectacle de notre arrivée était impressionnant et beau, que j'avais un air très concentré et les yeux bien ronds.

Nous nous relaxons un peu pendant que la rivière reprend sa douceur.
Et vlan ! Je crie : " À droite toute "

Trop tard, une roche à affleurement de l'eau nous surprend. Après tout le voyage, toutes ses vagues, et le dangereux rapide que nous venons de réussir, cette roche ne nous fera pas chavirer, parole de Sylvie! Et bien, il en a fallu de peu. Ce qui me fait dire une fois de plus : " Il faut toujours être présent et attentif, temps et aussi longtemps que l'on n'est pas arrivés et ce dans toutes les situations. "

Une belle fin d'étape que celle qui nous amène à la plage de l'île Saint-Quentin à Trois-Rivières


Ça y est, nous y sommes ! L'embouchure de la Rivière Saint- Maurice et du majestueux Fleuve Saint-Laurent apparaissent.

Voici pour moi :

- Une sensation d'accomplissement,
- Une sensation que chaque situation, chaque instant coule vers plus grand,
- Est-ce un appel du large ? Peut-être ?
- Est-ce un appel de l'aventure ? Certainement !
- Un autre Rêve de réaliser. Et celui-ci, avec Mon Chum.

Oui un bien beau Grand Tour … de canot !

Merci la vie, je suis choyée par toi !




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