Le grand voyage du petit Dixou


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Sentier Laurentien

AUTRES PÉRIPLES


Le Sentier Laurentien
Parc de la Mauricie
75 kilomètres d'aventure dans l'arrière pays



Une semaine exactement après mon arrivée à la maison, je m'installe confortablement à la table de la cuisine avec une tisane, une chandelle, de la musique et Ignace, mon toutou voyageur.

A partir de mes notes quotidiennes, de la carte, des photos et aussi après un certain recul, j'écris la réalisation d'un autre beau RÊVE.

LE SENTIER LAURENTIEN

Que le RÊVE commence
Que mes pieds s'élancent sur le sentier…

Le sentier Laurentien se trouve dans le Parc National de la Mauricie. C'est mon parc, mon terrain de jeu et, comme je le dis souvent, je l'aime.

Ce parc, je l'ai traversé en auto, en vélo, en canot et même en ski de fond l'hiver. J'y ai même travaillé avec mon chum jadis. Alors il me restait à l'explorer en marchant et j'en rêvais depuis l'ouverture de ce sentier, à l'automne 1998.

Me voici donc en route pour une randonnée de 75 kilomètres, au cœur de la forêt Laurentienne, dans mon parc. Cette randonnée va me faire vivre toute une aventure en pleine nature sauvage : cinq jours dans la plus totale autonomie. Tout un défi pour moi!

J'ai dû me préparer physiquement, mentalement et aussi techniquement pour réussir.

Le choix des coéquipiers est très important. Je suis choyée : Guy est un gars très près de la nature et facile à vivre. Bien sûr, j'aurais aimé que Luc B. Luc L, et Claire T soient du voyage, comme prévu. Ce sera pour une prochaine fois. J'ai pensé souvent à eux durant ces cinq journées.



Samedi 15 septembre 2001
Jour 1,
De Rivière à la Pêche au Lac Omand
De 10h00 à 18h10, 15.8km

Nous ne partons qu'à 10 heures, les préparatifs de fille étant souvent plus longs que prévus… Lors de l'enregistrement, il nous est confirmé que nous serions seuls dans le sentier. Une chance que Denis n'ait pas cette information, il serait encore plus inquiet. Nous sommes chargés, très chargés, comme des mulets. Guy porte 52 livres et moi 47 livres, car nous avons apporté du vin et des gâteries dans nos sacs.
C'est une journée ensoleillée, la température est agréable pour la marche. Jusqu'au dîner, je connais bien le trajet (les deux criques). Nous croisons un couple de Français qui trouve la région bien jolie et un autre couple qui aimerait bien vivre notre expérience. Ce dernier a déjà fait de la randonnée et la fille me dit qu'à sa prochaine marche d'automne, elle " coupera le manche de sa brosse à dent " afin d'avoir une charge moins lourde. En fin de journée, j'ai vraiment compris ce qu'elle voulait dire. Après avoir mangé notre lunch, nous repartons et là, je passe le pont et voilà, sous mes pieds, le sentier Laurentien avec ses 75 kilomètres en pleine nature comme j'aime.

Je me dis à ce moment là : " À nous deux, arrière-pays! Je vais te traverser et je vais arriver dans cinq jours " J'ai cette sensation de défi, de non-retour, d'aller vers l'avant, à la découverte, aller voir du jamais vu…

Le tracé est plus étroit et accidenté. Par malchance, j'ai cassé un de mes bâtons de marche trois heures après le départ. Nous le réparerons demain. Les deux dernières heures sont particulièrement difficiles à cause de la LOURDEUR de mon sac. Le vin n'en sera que meilleur!

Après chaque montée, de superbes paysages et des points de vue magnifiques nous récompensent et nous réconfortent. Nous prenons une pause (de 5 à 10 minutes) chaque 45 minutes environ. Arrivés au campement à 18h10, nous allons directement au lac pour filtrer de l'eau car nous sommes " à sec " et avec la journée que nous venons de faire, il est primordial de s'hydrater. Au souper, des côtelettes de porc, du riz et des carrés aux dattes arrosés de vin et enfin une bonne tisane pour terminer ce repas. Ce souper est réparateur car nous étions très fatigués. Mais il faut encore laver et ranger la vaisselle, monter la tente et hisser les sacs à dos hors de portée des ours gourmands et curieux.

L'emplacement est très joli, juste à coté de la tente se trouve un petit ruisseau. Juste avant de m'endormir vers 22h00, je prends conscience de la chance que j'ai d'être là et je remercie la Vie.


Dimanche 16 septembre 2001
Jour 2
Du Lac Omand au Lac du rapide
De 9h30 à 15h45, 9.6km

Je me lève à 7h00 et j'ai très bien dormi. " Petite journée" me dit Guy. Je lui réponds " Je t'en reparlerai ce soir, car nous ne connaissons pas les aléas de chaque journée! ". Déjeuner aux crêpes avec sirop et tire d'érable. Nous nous régalons, mais la durée de cuisson et la consommation de combustible ne nous permettront pas de renouveler ce déjeuner.

Le départ a lieu à 9h30 et, juste après avoir traversé un ruisseau, voici la première montée ! J'ai chaud, la sueur me glisse sur le front. Nous admirons le beau point de vue du Lac Gadelle et de la rivière Saint-Mauricie. On discerne dans les montagnes un commencement d'automne.

9.5 kilomètres : une petite journée ? J'y ai presque crû. Je ne sais pas si c'est la fatigue générale accumulée qui sort ou si ma mise en forme est incorrecte, mais la journée me semble difficile. En marchant, je pense à demain. Aux 22 kilomètres… Je me connais assez bien et rarement, très rarement, j'appréhende la journée du lendemain. La fatigue ne doit pourtant pas envahir mon mental. Guy propose d'allonger la journée d'aujourd'hui, c'est-à-dire de coucher plus loin pour diminuer la distance de demain. Mais je trouve plus sage de nous reposer au maximum aujourd'hui. Allez, ma Sylvie, un pas de plus …

Arrivés au site à 15h45, nous décidons, d'un commun accord, de coucher au Lac du Rapide. C'est un très beau site, le plus beau de tout le parcours. L'emplacement pour les tentes offre une vue directe sur le lac. Nous pouvons nous baigner ou plutôt nous laver ! Après deux jours de sueur … Nous décidons de souper face au lac, quelle belle vue ! J'aimerais bien y passer deux jours. Au menu, crème de champignons- côtelettes de porc- riz - carré aux dattes - vin.
Guy répare mon bâton et dit qu'il fera quelque chose pour bretelles de son sac à dos qui le font souffrir des épaules. Il fait toujours beau, c'est merveilleux ! Le coucher du soleil est magnifique. Je prends une superbe photo d'Ignace, mon ourson de voyage, qui bien sûr fait partie de cette aventure.
Après cette longue randonnée, Guy me masse les pieds. Ce massage sous les étoiles est réconfortant. Je profite de cette belle nature et je mets de coté mes appréhensions pour la journée de demain.



Lundi 17 septembre 2001
Jour 3
Du Lac Rapide au Lac Grappin
De 8h10 à 18h50, 22.2 Kilomètres

Lever à 6h45. Toute une journée de marche m'attend. Guy est déjà debout, il a bricolé ses bretelles de sac à dos; deux chandails épais enrobés de ruban isolant (doc tape) conviendront pour le reste du voyage. Il fait toujours beau, merveilleux !

La journée défi, c'est aujourd'hui. Nous avons prévu de partir tôt, nous avons 10 heures de marche. Pour déjeuner, toast-tisane-beurre d'arachide. Nous sommes prêts à partir à 8h10. Mon sac est toujours aussi lourd, dix minutes après notre départ, la sueur dégouline le long de mon nez. Nous montons pendant environ trois kilomètres Ouf !

Vers 10h00, mon mental est attaqué, on prend une pause, j'ai vraiment très chaud, je dépense beaucoup d'énergie et j'ai peur de ne pas tenir jusqu'à 19h00.
Guy qui a détecté ma peur, me dit : " tu sais Sylvie, on prend une journée de plus et c'est tout "
Je lui réponds : " N'y penses pas, je travaille jeudi matin. "
Pour m'encourager, Guy reprend " au pire, on couchera en chemin à la tombée du jour "
Intérieurement, je me parle : " Ce n'est pas un petit 22 kilomètres, qui va te faire peur ! Après tout, tu es forte et ta force c'est l'endurance. Tu sais que plus la journée avance, plus le but arrive, plus ton énergie s'amplifie ". A l'aide de ces paroles, je me convaincs, mon mental refait ses forces. Le magnifique décor me donne de l'énergie et me fait oublier la fatigue. Notamment, lorsque nous découvrons un endroit avec une belle chute d'eau. Même si ce n'est pas le moment, une pause s'impose ici pour prendre des photos et se tremper les pieds. Guy est très en forme, il saute d'une roche à l'autre, une vrai gazelle ! Moi je me contente de me reposer au pied des chutes. Mes jambes sont molles comme de la guenille. Ce n'est pas le temps de me blesser. On repart, prochaine pause à la rivière Matawin, un autre beau site. On en profite pour filtrer de l'eau et dîner. Du pita au poulet et fromage accompagné de graines et fruits séchés. Et nous voilà repartis.

Les deux prochains kilomètres seront techniques, à travers les grosses roches. Je l'ai toujours dit : " Je ne suis pas une chèvre des montagnes mais une chèvre DesJardins.! "

Pas après pas, pause après pause, nous arrivons à 18h50 au site après une longue montée de cinq kilomètres. Nous sommes bien heureux. Lorsque je pose mon sac à dos, toujours aussi lourd, j'ai l'impression de voler. Guy va filtrer de l'eau au lac et je prépare le souper : riz- nouilles- sachets déshydratés et hydrolysés. Il faut refaire nos forces.

Guy du bord d'eau me crie: " Viens, viens vite " j'entends du bruit dans le bois de l'autre coté du lac… J'arrive.
Nous entendons un orignal sur le call. Il arrive au lac quelques minutes plus tard et une femelle le suit de quelques pas. C'est un beau spectacle, un beau cadeau, un bon moment. Guy est heureux et aussi ému. Lui qui a travaillé huit ans en forêt, n'avait jamais vu un orignal. Oui un beau moment, un beau cadeau à notre arrivée de cette journée Défi. Nous restons là un long moment à contempler ces animaux au bord de l'eau.

Tout en bavardant, nous soupons à la chandelle, sous un abri. Nous prolongeons la soirée en buvant de la tisane. Je partage avec Guy cette pensée profonde qui me rappellera cette journée physiquement difficile :
Les paroles s'envolent…
Les écrits restent…
Et les souffrances se souviennent…

Je me lave dans l'eau froide de septembre (12C), quel bienfait ! Et bien sûr, un massage de pieds avant de dormir pour enlever une autre partie de la fatigue de la journée.

Je suis fière d'avoir réussi cette journée : du plus loin que je me souvienne, la plus exigeante que j'ai eu à réaliser.

Merci la Vie

Dodo bien mérité à 23h00



Mardi 18 septembre 2001
Jour 4
Du Lac Grappin au Lac à la Pipe
De 9h30 à 16h45, 14.8 km

Réveil à 7h30. J'ai très bien dormi. Ce matin, il ne fait pas très chaud (4 degrés C) et le temps est nuageux. À la sortie de la tente, j'ai les jambes raides…Je me masse les cuisses et les mollets avec un baume musculaire et j'enfile un pantalon chaud pour garder la chaleur et laisser agir le baume. Comme il fait froid et humide, j'apprécie beaucoup le gruau chaud et la tisane brulante.. Nous ne sommes pas pressés et partons à 9h30. Mes épaules sont sensibles, les pieds vont bien, sans ampoules. Nous longeons un très beau sentier en avant midi avec deux belles montées et de splendides vues sur le Lac Ménahigonse et Théodore. Une longue descente nous amène à la pause dîner au Lac Dinel, site un peu décevant. Nous ne filtrons même pas l'eau ici. Nous mangeons des pitas jambon-fromage.

Le parcours de l'après midi est en dents de scie. La forêt est belle et nous arrêtons dans un magnifique endroit pour filtrer notre eau au pied d'une chute. Notre pas est bon et nous marchons 2.5km en incluant les pauses. Celles-ci se rallongent car nous savons que nous avons du temps. Le soleil perce les nuages vers quatorze heures. Nous sommes choyés. Je me sens fatiguée en fin de parcours.

Après la toilette dans l'eau froide, le repas chaud est très apprécié. Ce soir, avant de m'endormir, avant de mettre mes bouchons dans les oreilles, j'écoute un hibou, " hou, hou, hou hou " à travers le silence de la forêt. Oui, un silence paisible. CADEAU, je suis choyée par la vie.
Je pense aux évènements de mardi dernier aux États-Unis. Attaques terroristes ? Mais Pourquoi ?
Je pense à toutes ses personnes innocentes qui sont mortes. Et aussi, surtout, à leurs proches, ces personnes qui doivent continuer à VIVRE…

Y a-t-il eu d'autres attaques ?
La guerre a-t-elle éclatée ?

Ici, au Lac la Pipe, on ne sait pas.
Ici au Lac la Pipe, il y a la Paix.
Comment " livrer " la Paix sur toute la terre, dans tous les cœurs ?
C'est pourtant si serein la Paix.

Dodo à 23 heures.



Mercredi 19 septembre 2001
Jour 5
Du Lac la Pipe au Passage
De 10h00 à 15h50, 12.7 km

Lever a lieu à 7h30 et le thermomètre indique 3 degrés Celsius. Je ne suis pas pressée de sortir de mon sac de couchage. La dernière journée s'annonce déjà! Il y a beaucoup de brume. Nous ne voyons presque pas le lac. Tranquillement, cette brume se lève, le soleil perce. Un huard est là. Guy suggère de déjeuner au soleil sur une grosse roche au bord du lac. Quelle bonne idée! Nous profitons pleinement du chocolat chaud, des muffins anglais, du beurre d'arachides et de la confiture et nous nous laissons tenter par un deuxième chocolat chaud.

Nous partons à 10h00. Nous passons un bel avant- midi et avons un beau point du vue sur le lac Houle. Nous traversons une érablière, où la marche est aisée. Guy me parle de sa cabane à sucre. Nous dinons paisiblement au Lac Jodon. Pour la première fois depuis cinq jours, nous rencontrons trois filles qui arrivent de Passage. Elles s'entraînent pour faire cette randonnée le 30 septembre prochain. Nous répondons à leurs nombreuses questions. Guy et moi les rassurons et les encourageons.

Pendant que Guy filtre l'eau, Je sors le fromage et les graines pour dîner. Je mets le tout sur la plate-forme et je vais donner un coup de main à Guy. Lorsque je reviens, le fromage n'est plus là …à quelques mètres de nous, un écureuil travaille fort et essaie de cacher notre fromage derrière un arbre …très cocasse. Je vais quand même récupérer le fromage, car après tout, il faut bien dîner.

Il fait beau et nous en profitons. La marche est agréable et le temps s'envole paisiblement. Nous apprécions une pause au Lac Reid et nous nous émerveillons de ces beaux points de vue. Nous placotons beaucoup et ma forme physique est excellente.

Arrivée à l'intersection du sentier du Vieux Brûli, je dis à Guy :
Un petit détour de 9 km avant d'entrer à la maison ?
D'un commun accord, nous décidons de prendre le sentier officiel : : Pendant le dernier kilomètre, encore un fois, nous savourons la chance que nous avons eue de vivre cette belle expérience.

Nous parlons, nous marchons, quand soudain SURPRISE ! Denis apparaît devant moi sur le sentier. Je suis stupéfaite car Denis ne devrait pas être là. J'en suis toute émue! Il n'a pas pu résister, il voulait voir ma " Bette " à la sortie du sentier et surtout, connaître mes premières impressions sur cette aventure.



Oui, un autre aventure réalisée, un autre défi. Je suis si fière et tellement heureuse.

Une aventure à revivre ? Oui c'est certain.
Trois choses que je retiens pour la prochaine fois :
- Mon sac sera plus léger, maximum 35 livres
- Six jours seront sans doute nécessaires, afin de profiter beaucoup plus de la nature.
- La mi-août serait à considérer pour se baigner avec plus de plaisir, bien que l'automne ait son cachet.

Denis me connaît bien, il a apporté des fruits et des chips. J'ai d'abord pris les fruits et ensuite les chips. J'enlève mes bottes et apprécie mes sandales.

Sur le chemin du retour, j'ai beaucoup de bons moments à raconter à mon Chum.

Une douche, une bonne douche, une très bonne douche chaude, suivie d'un souper à la maison tous les trois.

Vive la randonnée en forêt !

Toute une expérience !

Cinq jours en autonomie complète!
Vivre avec la nature, à son rythme, la respecter, se respecter,
Une boisson chaude nécessitant 30 minutes de préparation, se boit avec respect.
Prendre le temps de,
Avoir le temps pour soi,
Sentir le temps, ressentir le temps,
Faire du temps son ami.




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